Des médicaments antirhume potentiellement dangereux pour la santé

Par Janlou Chaput, Futura-Sciences

De nombreux médicaments contre le rhume, dont une quinzaine sont vendus sans ordonnance, présenteraient parfois des risques très graves pour la santé. À base de pseudoéphédrine aux propriétés vasoconstrictrices, ils seraient surtout dangereux pour les personnes avec des fragilités cardiovasculaires.

C’est la pleine saison des rhinovirus, ces pathogènes qui nous prennent le nez et la gorge. Cependant, ce ne sont pas les modestes rhumes qu’ils induisent qui inquiètent le service de pharmacovigilance du CHU de Toulouse, mais plutôt les moyens utilisés pour guérir les symptômes.


En effet, un certain nombre de médicaments utilisés contre cette maladie bénigne, à base de pseudoéphédrine, pourraient dans quelques rares cas s’avérer très dangereux pour la santé, d’après le Bulletin d’informations de pharmacologie (Bip31.fr).
Ce principe actif, connu pour ses propriétés vasoconstrictrices, met en
péril les systèmes cardiovasculaire et nerveux des personnes souffrant
d’hypertension ou ayant déjà quelques antécédents en la matière. Il augmenterait les probabilités de déclencher un accident vasculaire cérébral (AVC), des convulsions ou un infarctus.



Le
rhume, maladie des plus courantes et des plus bénignes, se guérit tout
seul après environ une semaine, avec ou sans médicaments. Ceux-ci ne
traitent que les symptômes. Mais la pseudoéphédrine, principe actif qui
facilite la décongestion nasale, réduit le diamètre des vaisseaux sanguins et augmente les risques de troubles cardiovasculaires et
neurologiques. © Mcfarlandmo, Wikimédia Commons, cc by 2.0



Des médicaments antirhume suspectés depuis longtemps

même si ces situations sont très rares (environ 1 cas sur 1 million), la balance bénéfices/risques de ces traitements penche nettement en défaveur de la santé humaine. Le rhume est complètement bénin et aucun traitement ne peut le guérir ni diminuer le délai d’infection. En revanche, les produits incriminés, comme Humex Rhume, Actifed Rhume, ou Nurofen Rhume, ne contribuent qu’à la décongestion nasale et n’atténuent que certains symptômes, contribuant à un meilleur confort du patient. Ils ne se révèlent donc pas indispensables et surtout peuvent être remplacés par d'autres traitements, comme le sérum physiologique, ne présentant pas de danger.


Une quinzaine de ces médicaments sont vendus sans ordonnance et jouissent d’une libre publicité sur les canaux courants, une situation que déplore Emmanuelle Bondon-Guitton, auteure de l’article. Que faire alors ? Les distribuer uniquement sous prescription ? Les retirer de la circulation
? La question fait débat mais pour l’instant, les autorités sanitaires restent plutôt frileuses et n’ont pas encore pris de décision.


Ce problème n’est pas nouveau et a déjà été soulevé
en mars 2008 par la Commission nationale de pharmacovigilance, qui
s’inquiétait de ses effets secondaires. La très sérieuse revue Prescrire demandait même en 2009 le retrait pur et simple de tous les produits suspectés. L’Afssaps,
remplacée depuis par l’ANSM, l’Agence nationale de sécurité du
médicament et des produits de santé, avouait fin 2011 surveiller de près
22 médicaments antirhume. Chaque année donc, le problème revient sur la table.